Une addiction passée sous silence
Un peu d’histoire :
Cette manie est découverte à la fin du XIXe siècle par le psychiatre allemand Emil Kraepelin. En grec ancien, le terme signifie la folie des prix (ὤνιος onios « à vendre » et μανία mania « folie »). En 1915, Kraepelin observe des troubles qu’il va nommer oniomanie : c’est une relation pathologique à l’argent et aux achats. Ce trouble touche environ 1,1 % de la population mondiale.
L’achat compulsif apparaît dans la nosographie dans la deuxième moitié du XIXe siècle et le terme est répertorié en 1960 sous le terme de « prodigalité ».
Selon le médecin allemand Max Nordau, le psychiatre Valentin Magnan a forgé le terme oniomanie dans la traduction de ses Psychiatric Lectures (Psychiatrische Vorlesungen) de 1892.
C’est une addiction dont on parle peu, qui impact la vie personnelle et peut avoir des conséquences graves sur la santé mentale.
En effet cette addiction engendre des problèmes financiers avec une multitude de crédits à rembourser, ce qui conduit fatalement à long terme à l’apparition d’angoisses voire une dépression qui peut conduire au passage à l’acte suicidaire.
Définition :
L’achat compulsif est défini comme un comportement d’achat excessif, impulsif et irréfléchi, sous-tendu par un besoin irrépressible généralement sous le coup d’une émotion négative (stress, anxiété, colère, frustration, découragement…).
L’acheteur compulsif achète un produit dont il n’a ni le besoin, ni l’envie.
Comment reconnaître un acheteur compulsif ?
Les principaux symptômes
- Pensées obsessionnelles autour du shopping et de l’achat.
- Impact de l’achat sur l’humeur.
- Achats perturbant le quotidien.
- Besoin d’acheter toujours plus pour atteindre la même satisfaction.
- Incapacité à acheter moins.
Ma pratique de psychothérapeute m’a amené à accompagner des femmes et des hommes souffrant de ce symptôme qu’on appelle oniomanie.
Ils viennent consulter quand ils sont au bout du rouleaux tant sur le plan psychique que financier.
La plainte initiale « je n’en peux plus », « je ne dors plus » « comment je vais faire pour m’en sortir ? » « On me menace d’huissier » « je suis angoissée en permanence » « je me demande si je ne souffre pas de dépression »
Les modèles thérapeutiques
- La thérapie de groupe
Ellepermet de sortir de l’isolement « je ne suis pas tout seul dans cette situation » de mettre des mots sur sa souffrance, de sortir de processus de culpabilité « si tu en est là c’est de ta faute » en reconnaissant ce comportement comme une maladie psychique à part entière.
La dynamique via les échanges entre les différents patients permet pour certains de trouver une solution à leur problème.
Il existe des associations proposant ce type de thérapie même si cette addiction est la moins accompagnée.
- La thérapie individuelle
Certains patients préfèrent s’adresser à un praticien spécialisé en addictologie : un médecin psychiatre addictologue, un psychologue ou un psychothérapeute afin de donner un sens à ce comportement, de mettre en place un protocole de soin adapté à chaque situation car chaque individu est unique.
Quelque soit l’option choisie, je tiens à rappeler qu’au-delà du modèle proposé par le praticien (psychanalyse, thérapie comportementale, hypnothérapie), une thérapie c’est tout d’abord une rencontre interpersonnelle.
Elle sera déterminante dans la résolution de ce comportement compulsif.
